Voyages dans le futur, l'aventure cosmique de l'humanité - Nicolas Prantzos



 
Derrière tout lecteur de SF il y a un passionné de science qui s'ignore.
Et combien de scientifiques le sont devenus à la suite de leurs lectures de jeunesse (un jour il faudra interroger le topos lecture SF=lecture adolescente) ? Science et science-fiction sont en interaction constante à l'image de l'exposition à la Villette présentée ici et dont le catalogue est chroniqué .
Tout un courant de la SF des années 90, la hard-science SF ou hard SF repose d'abord sur la crédibilité scientifique des extrapolations de l'histoire racontée. On y trouve pèle-mêle les romans de K.S. Robinson avec la trilogie martienne (Mars la rouge, Mars la bleue, Mars la verte) qui est plus un manuel de géologie martienne qu'autre chose (en tout cas pas une oeuvre littéraire, l'épaisseur et la subtilité des personnages étant inversement proportionnelles l'une de l'autre), les romans de G. Bear (L'échelle de Darwin, Les enfants de Darwin) où les personnages relèvent plus de la caricature et nous livrent un salmigondis de SVT tout juste lisible par un étudiant en fac de bio. Enfin je mentionne les spéculations d'un Greg Egan (Axiomatique), plus intéressantes certes, mais dont je défie qui que ce soit de se rappeler un seul des personnages après un mois de lecture tant ils sont dénués de toute psychologie et ne sont que des prétextes à l'expression des idées de l'auteur.
Bon je charge un peu le trait, mais la hard SF, c'est pas mon truc, vous l'avez deviné.
Comme tout lecteur de SF je souhaite suspendre mon incrédulité, pour reprendre l'expression consacrée. Cela veut dire que je veux croire, sans me poser de questions, aux spéculations scientifiques qui sont à la base, ou mobilisées, par l'histoire (la téléportation, les voyages dans l'espace etc.). Les modifications des conditions de vie des humains tant de leurs conséquences que dans la mise sous tension de la condition humaine sont le sel de la SF. Je me fiche de lire le manuel technique des portails distrans d'Hypérion (ce que Dan Simmons ne fait pas d'ailleurs). Il me suffit qu'avec assez d'art littéraire Dan Simmons m'interroge sur les conséquences sur la vie des sociétés à l'écart des grandes voies de communication et de l'irruption de celles ci et sur les bouleversements qu'induit l'apparition du tourisme à grande échelle dans ces sociétés préservées. La métaphore de la gobalisation en marche de notre monde actuel étant assez transparente et permet de répondre assez clairement à ceux qui, par ignorance, assènent que la SF est une littérature puérile.

Le propos de Nicolas Prantzos est tout l'inverse : il ne fait pas de la science-fiction à partir de la science, mais de la science à partir de la science-fiction.
Reprenant l'idée que des scientifiques ont trouvés la base de leurs idées dans les lectures de SF, il a voulu passer au crible les idées scientifiques a priori irréalisables trouvées dans de multiples ouvrages pour nous parler de l'univers. Pourquoi ne réalisons nous pas des vaisseaux spatiaux aussi puissants que dans Star Wars ? et des arches spatiales ? Qu'en est-il de l'ascenseur spatial ? et du terraformage de Mars ? Des sphères de Dyson sont-elles possibles ? etc.
Et de nous expliquer où la technique en est actuellement, comment les projets actuels sont alimentés par les spéculations SF, les barrières technologiques qui nous restent à franchir (on est pas prêt de voyager vers les étoiles...).
Et tout d'un coup, on se découvre passionné par une culture scientifique qui ne demande qu'à être partagée. Nicolas Prantzos est astrophysicien, mais est avant tout un grand pédagogue.

Vous n'êtes pas scientifique ? Pas de panique, pas de besoin de connaitre les rares formules présentes dans l'ouvrage, l'auteur les explique avec clarté. Le plus important n'est pas la formule mais ce qu'elle nous dit du monde qui nous entoure dans l'infiniment grand et petit.
Nicolas Prantzos fait aimer la science en nous faisant partager les rêves de cette communauté aux yeux étoilés: les scientifiques et les lecteurs et auteurs de science-fiction, les uns se confondant parfois avec les autres.

C'est passionnant et bien écrit, à lire avec passion et curiosité.

À qui l'offrir ?

- à un scientifique ;
- à tous les curieux de 15 à 77 ans.
 

Pour prolonger la lecture :

- Si vous avez aimé Voyages dans le futur, vous aimerez peut-être :


- J'ai déjà présenté ici Les aventures d'Anselme Lanturlu de Jean-Pierre Petit. On ne dira jamais assez la volonté de passeur de science de JP Petit et la pédagogie des aventures d'Anselme Lanturlu.



- Le catalogue de l'exposition cité ci dessus, chroniqué ici. Le meilleur ouvrage d'initiation à la SF à ce jour à mon sens.








- Les deux ouvrages de Roland Lehoucq : La SF mène l'enquête et Mais où est donc le temple du soleil ? Dans ces deux ouvrages, le commissaire de l'exposition Science et science-fiction et nouveau président des Utopiales s'attache aux aspects scientifiques de la SF. Il rassemble dans l'ouvrage ci-contre ses articles dans la revue Bifrost où il traite tous les mois de sujets similaires à N. Prantzos. Ma préférence va cependant à l'ouvrage de ce dernier pour des raisons de style (il s'agit chez Lehoucq d'une contribution d'articles, il y a donc moins de cohérence d'ensemble) sans pour autant retirer à la sympathie que dégage le personnage ainsi qu'à sa passion pédagogique.
Il appliqua ainsi cette même démarche aux ouvrages de Hergé.




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