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Au bonheur des morts - Vinciane Desprets

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Il est des ouvrages dont il est difficile de parler.

La complexité de certains peut être un frein ( ou ).
D'autres, en revanche, fouissent profondément et on ne peut que constater, par l'état de sidération dans lequel ils nous laissent, l'impact qu'ils auront.
On comprendra plus, on comprendra mieux, mais pas tout de suite. Les vagues de compréhension n'arrivent que plus tard. Elles seront là. Elles sont déjà là, mais nous sommes aveugles à nous-même. Comme une solution chimique, trop secouée. Il faut laisser sédimenter pour voir les nouvelles couches apparaître. La percolation des âmes n'est pas un processus immédiat.

On lit deux fois ce livre.
L'articulation des idées, le chaînage des concepts s'effectuent phrase après phrase, page après page, l'intellect remplit alors sa mission.
Vinciane Desprets note que "faire son deuil" se pose comme une injonction à ceux qui restent. Obligation de faire avec, de faire sans, pour passer ensuite à autr…

Miss Sarajevo - Ingrid Thobois

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Nouvelle participation à Masse Critique de chez Babélio avec Miss Sarajevo d'Ingrid Thobois. Que Babélio et l'éditeur Buchet-Chastel soient ici remerciés !

4e de couverture

Printemps 1993. Joaquim, vingt ans, débarque au milieu de Sarajevo assiégée. Armé de son seul appareil photo, il cherche à échapper à son enfance et à se confronter à la mort. Cette mort que vient de choisir sa jeune sœur Viviane, fatiguée d’expier dans l’anorexie un tabou familial jamais levé. Été 2017. Joaquim apprend le décès de son père. Le temps d’un Paris-Rouen, lui reviennent en rafales les souvenirs de sa famille bourgeoise, apparemment sans défaut, verrouillée autour de son secret. En contrepoint, il revit les mois passés à Sarajevo, qui lui ont permis de se soustraire à l’emprise du passé et d’inventer sa vie. Mais peut-on réellement se libérer du fardeau familial ? Quel est, au bout du compte, le prix du non-dit ?

Participer à Masse Critique c'est attendre fébrilement devant sa boite aux lettres…

La lune était noire - Michael Connelly

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On avait laissé Bosch aux affres de la psychanalyse (Le dernier coyotte). Il repartit ensuite sur une enquête banale, mais bien menée (Le cadavre dans la Rolls). Elle le fit voyager à Las Vegas. Et là, on se dit que Connelly est pris de remords de n'avoir fait qu'effleurer le potentiel narratif de la ville de Bugsy Siegel.

La lune noire, c'est le moment où elle passe entre deux signes astrologiques. C'est le moment du grain de sable. Celui où le malheur arrive.

L'histoire : Cassie Black est en liberté conditionnelle après 6 ans de prison pour le cambriolage d'un casino. Max y était mort.
Alors Cassie se tient à carreau et surveille sa fille, de loin. Celle qu'elle a eu de Max, en prison, et qui ne sait pas qu'elle a été adoptée. Mais ses parents adoptifs organisent leur déménagement en Europe. Cassie est alors obligée de replonger pour pouvoir fuir, avec elle. Et la première affaire que lui propose Léo, le frère de Max, la renvoie directement au Cléopâtre,…

Le dernier coyote - Michael Connelly

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Les années passent et les mémoires s'effilochent. Les souvenirs s'empilent et s'écrasent.
Seules subsistent des certitudes floues.

Et les soleils noirs de nos terreurs nocturnes.

Pour avoir saboté l'enquête précédente, Harry Bosch a balancé son chef à travers la paroi vitrée du bureau. Mis à pied et sommé d'aller voir la psychologue de l'unité s'il veut retrouver son poste, Bosch doit alors remonter aux sources de sa violence. De sa colère. Et faire face au fantôme qui le hante depuis si longtemps. Celui de la scène primitive. Le meurtre impuni. Celui de Marjorie Lowe, prostituée retrouvée dans une poubelle, en 1961. Sa mère.

Cet été c'est #ReReadingConnelly. J'ai tellement conspué l'étiolement de la plume de Connelly ( et ) que cela m'a donné envie de vérifier si les premiers ouvrages étaient aussi bons que dans mes souvenirs.
Les égouts de Los Angeles permettent ainsi de découvrir, dans une enquête lente et un peu verbeuse la personnalité d…

Les 7 principes de ceux qui n'en ont pas - Samir Bouadi, Sébastien Dourver

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Sixième participation à Masse Critique, que Babélio et les éditions Pygmalion soient ici remerciés !

Il y a des livres qui méritent d'exister rien que pour leur titre. Ceux qui savent comprendront de Anna Gavalda ou Je suis une légende de Richard Matheson sont du nombre.
J'ai adoré celui de Samir Bouadi et Sébastien Dourver, Les sept principes de ceux qui n'en ont pas : ne laissez plus les bons sentiments vous empêcher de réussir.
L'avant-propos du livre est une charge implacable contre l'insupportable gnangnantise des livres de développement personnel. Pire, les auteurs montrent que ceux-ci sont absolument malhonnêtes : leur seul objectif est de ne pas marcher afin de pouvoir continuer à vous vendre les tomes 23 et 24 de la quête du bonheur selon les enseignements d'un quelconque néochaman.
D'ailleurs c'est quoi le bonheur ? Un savant mensonge ? mystère... Alors que le pouvoir, ça, ça s'étudie. Et même qu'il leur semble possible d'en analyser l…

L'insoutenable gravité de l'univers - Gabriel Chardin

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Cinquième participation à l'opération Masse Critique de Babélio (vous savez, je reçois un livre que je choisis et je fais la critique dans le mois qui suit). Que Babélio et les éditions Le pommier soient ici remerciés !


Alors c'était en mai dernier et Masse critique proposait des ouvrages jeunesse et jeune adulte. J'aime bien, mais là ce n'était pas ce dont j'avais envie. Et au milieu, perdu, il y avait L'insoutenable gravité de l'univers de Gabriel Chardin. Avec sa référence à Kundera, le titre aurait pu être celui d'un roman, mais un coup d’œil sur l'éditeur (spécialisé en vulgarisation scientifique) me confirma qu'il s'agissait bien d'un essai de physique autour de la gravité.

Tout, dans cette chronique, repose sur de profonds malentendus.

Le premier, dont je suis coupable, est d'avoir pu croire que je pouvais faire fi d'études de sciences pour lire de la science. Ahlala ! Qu'allais-je faire dans cette galère ? Si les Christo…

Corps pour corps - Jeanne Favret-Saada et Josée Contreras

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En 1981, moins de dix ans après la parution des Mots, la mort, les sorts, Jeanne Favret-Saada publie avec Josée Contreras des extraits de son journal de terrain, Corps pour corps.

Les mots, la mort, les sorts décrivait le système analysé par l'anthropologue, la sorcellerie bocaine. Jeanne Favret-Saada expliquait, dans une longue et séminale introduction, l'impossibilité de constituer tout savoir sur la sorcellerie sans tenir une des places du système : annonciateur, ensorcelé, désorceleur ou sorcier.
Elle rencontra le couple Babin, exploitants agricoles qui n'eurent de cesse de la mettre à la place de la désorceleuse, persuadés "qu'elle le faisait pour le bien" et qu'elle saurait mettre fin à la série des malheurs qui les touchaient (mariage non consommé, beurrées endémiques, difficulté à baratter etc.).
Le trouble dans la communication entre Jeanne Favret-Saada et les Babin, les incompréhensions réciproques et l'asynchronie des postures font avorter une…