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La la land (Damien Chazelle) / Moonlight (Barry Jenkins)

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L'histoire est connue : La la land archi favori pour rafler le maximum de statuettes aux célébrations américaines, après être montée sur le plateau son équipe s'est vu obligée de redescendre avec tout son petit monde, le meilleur film étant finalement attribué au moins flamboyant mais bouleversant Moonlight.

Au-delà de l'anecdote (qui dit, en fait, exactement ce que je pense), le plus intrigant est de voir réunis ces deux films qu’apparemment tout sépare : grosse machinerie / film indé, stars en voie de panthéonisation / acteurs quasi inconnus, comédie musicale joyeuse et entraînante / drame dépressif, blancheur partout / communauté afro-américaine durant tout le film, on pourrait multiplier à l'envi les oppositions.
Allons plus loin, La la land et Moonlight au delà de ces oppositions formelles ne sont-ils pas les deux avatars de la même fascination que la culture américaine entretient avec la solitude des êtres ?

La la land raconte l'histoire de deux wannabe montés à…

Etoiles dans la nuit des temps - Yves Vadé (dir.)

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L'ouvrage n'est pas à proprement parler une initiation à l'archéoastronomie (on lui préférera Géométrie céleste : Comprendre la signification astronomique des sites anciens de Ken Taylor).
Il s'agit ici de regrouper les contributions de divers spécialistes sur le sujet qui précisent tel ou tel point de leur recherche. La lecture pour celui qui débute dans le sujet n'est pas forcément aisée, l'ouvrage étant pauvre graphiquement, et il implique de maîtriser les termes de l'astronomie afin de pouvoir transposer dans une représentation de la voûte céleste ce qui est décrit. 
Il est composé de deux parties : les analyses portant sur des traces d'observations célestes dans les civilisations d'avant l'écriture (préhistoire et civilisation celte), ou dans des civilisations utilisant l'écriture (Babylone, Chine, Samarkand, Inde).
Cela posé, le recueil de Yves Vadé n'en est pas moins passionnant (quoique forcément inégal) et chacun piochera dans les …

L'oreille interne - Robert Silverberg

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Tout ça pour ça !

L'oreille interne est un grand ratage. 

L'histoire : David Selig, médiocre personnage est télépathe. Mais son pouvoir s'en va, le quitte. Et Selig n'ayant jamais pu faire l'expérience de l'adolescence, doit découvrir la frustration et apprendre, enfin, un peu à mourir.

L'idée du don comme malédiction n'est plus très originale, même si elle devait l'être à l'époque de la rédaction du roman. Qu'importe, car Silverberg n'atteint pas, et de loin, la qualité de traitement de la solitude d'un être comme a pu le faire Ken Grimwood au sujet de l'immortalité dans Replay.
Bien pis, le roman est encombré de tics d'écriture propre aux années 50-70 : adresse au lecteur omniprésente, délires qui n'amènent rien à la progression narrative... La destructuration de la chronologie ne surprend pas mais n'apporte pas grand'chose à l'histoire de cet homme. Frustration sexuelle et médiocrité des affects, tout "sen…

Le serpent d'étoiles - Jean Giono

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Torturé à coups d'Enfants et la rivière et de Gloire de mon père pendant mes lointaines et jeunes années, j'entretiens une souveraine méfiance envers tout auteur soupçonné, à tord ou à raison, de régionalisme. Giono c'est "même pas en rêve". Le hussard sur le toit de Rappeneau ne m'avait pas assez enthousiasmé pour que je change d'avis, et en plus, il y a assez de livres qui m'intéressent sans que j'aille m'encombrer de ceux qui ne m'intéressent pas.

J'avais tord une fois de plus.

Il aura fallu une note sibylline de Philippe Walter au détour de son extraordinaire Caniculepour me convaincre de mettre le nez dans des pages de Giono.

L'histoire : le narrateur, jamais nommé, dans une Provence de début de siècle, celui d'avant, raconte sa rencontre avec un berger et sa famille. Un berger qui, avec ses mots à lui, remis dans les mots de Giono, lui dit la Terre, les courants telluriques et les forces chthoniennes qui traversent le monde,…

La nuit du 28 février - Leif G. W. Persson

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Non mais c'est quoi ce bouquin ?

En furetant dans une bibliothèque amie, truffée de polars, ce qui n'est pas mon genre de prédilection, je tombe sur un scandinave inconnu.
Je suis embêté par le polar scandinave, car il me laisse froid. Normal c'est le grand nord ;)

Mais encore ? Si je n'ai pas lu Millenium, je me suis énervé sur un Camilla Läckberg (Le Prédicateur pour ne pas le citer) tant l'intrigue est mauvaise, et je me suis profondément ennuyé dans La cité des Jarres d'Analdur Indridason. Pour le première avec des personnages totalement inintéressants et le deuxième avec un inspecteur ectoplasmique et une intrigue dont je ne me rappelle pas le plus petit bout de queue de souvenir, c'est dire. Je passe sur Le meurtrier sans visage d'Henning Mankel totalement oublié ainsi que sur un islandais prêté de chez Babel Noir dont je ne ne rappelle ni le nom ni le titre, c'est dire...
L'enthousiasme pour le meurtre chez ces parangons de civilisation autop…

L'incroyable histoire de Wheeler Burden - Selden Edwards

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Deuxième ouvrage prêté par C, après Les âmes vagabondes de Stephenie Meyer.
Autant je n'avais pas aimé le salmigondis cuculapralinesque de la mormone toquée de vampires, autant je me suis régalé des tribulations de cet américain au destin tout sauf moyen.

Le texte que nous tenons entre les mains est rédigé par la mère dudit Wheeler et a pour but de raconter sa destinée pour le moins étrange.
Il faut accepter le ton du début (la môman qui raconte à quel point son fiston est fooormidable),
il participe pleinement de l'équilibre de l'histoire, même s'il peut paraître un peu agaçant de prime abord.

L'histoire : Né dans les soubresauts de la deuxième guerre mondiale d'une mère anglaise pacifiste et d'un père mort sous la torture gestapiste alors qu'il n'a que trois ans, le jeune Burden grandit et devient la coqueluche de chaque endroit où il apparaît. Des inévitables parties de baseball au cœur de la sociabilisation scolaire américaine, aux années soixante …

Dans la ville en feu / Les dieux du verdict - Michael Connelly

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J'avais juré que l'on ne m'y reprendrait plus et laissé Michael Connelly au plus bas.
Lecteur, j'éprouvais douloureusement l'abîme résidant, pour un auteur, entre être et avoir été. Connelly n'était plus qu'une ombre et j'avais dû me résoudre à faire mes adieux à Harry Bosch et Mickey Haller.
Je jette un voile pudique sur mon exaspération à la lecture de Volte face, Le cinquième témoin, Ceux qui tombent, néants intersidéraux de vacuité et alignements de mots indignesde la part de l'auteur des Égouts de Los Angeles ou du Dernier Coyote.

Même si, en soi, le polar me semble assez vain comme genre littéraire, Michael Connelly a toujours eu le savoir-faire pour trousser une histoire, rendre attachants ses personnages et ne faire lâcher qu'à regrets ses livres. En articulant finement les enquêtes menées par Harry Bosch aux répercussions qu'elle pouvaient avoir sur sa vie intime, M Connelly dressait le portrait d'un homme solitaire et complexe.
Or,…