Le cycle de Fondation - Isaac Asimov






L'histoire : Hari Seldon va mourir, mais avant cela il doit passer en procès. Car il a dit ce qu'il ne fallait pas dire. En créant la psychohistoire, une science statistique qui permet de déterminer les grandes lignes de probabilité de l'avenir, Hari Seldon a prévu l'effondrement imminent de l'empire galactique et 30 000 ans de barbarie. Et cela est insupportable à entendre, et à laisser dire, pour l'empire, qui se sait rongé de l'intérieur... Mais le pire pourrait être évité si une Fondation, rassemblant tous les savoirs du monde, une encyclopédie galactique, est constituée sur une petite planète oubliée et dont pourra émerger la renaissance d'une civilisation en seulement mille ans...

Le pitch de Fondation est un pur bonheur.

En quelques années (au début des années 40), Isaac Asimov rédige huit textes qui racontent l'histoire de la Fondation. Ces textes sont des novellas, c'est-à-dire le format de l'époque pour les textes de SF soit de grosses nouvelles d'environ 80 pages. Rassemblés en 3 romans, sous les noms de Fondation, Fondation et Empire et Seconde Fondation (les trois sont rassemblés dans cette nouvelle traduction sous le titre "Fondation", oui, je sais l'éditeur ne facilite pas les choses).
Ces trois textes racontent l'histoire de la Fondation à chacun des moments clés de son évolution et des situations de crise qu'elle rencontre. Des crises surnommés "crises Seldon" car, mort depuis longtemps, celui-ci les a anticipé par la psychohistoire et a fait un enregistrement de lui-même par hologramme où il dispense ses conseils pour les surmonter. Sauf que, en mille ans, des événements hors statistiques sont apparus, et que la psychohistoire s'est elle-même développée. Les enregistrements hologrammatiques de Seldon semblent de plus en plus décalés avec la réalité des crises vécues. Mais, peut-être que Seldon manipule ses descendants, en vue d'un dessein encore plus grand ?
Asimov a affirmé vouloir faire "un roman historique du futur" et s'être inspiré de l'Histoire de la décadence et de la chute de l'empire romain de Gibbons. Mais surtout, la grande réussite de Fondation est de mêler inextricablement trois atouts majeurs.

 
Tout d'abord, une écriture simple et accessible (qui a dit « simpliste » ?!) qui fait d'Asimov l'auteur le plus souvent cité comme l'initiateur pour les grands lecteurs de SF. Or, comme le faisait très justement remarquer Christian Grenier dans La SF à l'usage de ceux qui ne l'aiment pas, le contrat de lecture de celui qui ouvre un ouvrage de SF est une métaphore de la situation de l'adolescent : ni l'un ni l'autre ne savent de quoi sera composé l'avenir (ou les pages à suivre) et les règles qui le régissent. L'adolescence, période de transition et d'inquiétude peut trouver dans la SF un écho à ses propres angoisses. Fondation, mettant en scène les règles d'élaboration et d'organisation des sociétés humaines, met en abime, au carré, la fonction initiatrice que peut revêtir la littérature de science-fiction. Bien sûr, il y aurait à redire sur la sociologie d'Asimov : les textes sont rédigés dans les années 40 par un juif d'origine russe élevé dans les valeurs américaines, narcissique et agoraphobe.
On peut raisonnablement se sentir éloigné des conceptions de vie de cet homme...!
Et pourtant, la limpidité et la puissance de son écriture tirent ces textes vers l'universalité (au moins occidentale). On ajoutera à cela l'ingéniosité du concept de la psychohistoire, véritable matrice narrative : Asimov y reviendra plusieurs décennies plus tard en rédigeant deux longs romans, Fondation foudroyée et Terre et Fondation (regroupés ici sous le nom de Fondation Foudroyée, oui, je sais, l'éditeur se fout de nous, car il rend incompréhensible l'onomastique de ses recueils, de l'extérieur). Ces deux romans où les personnages partent à la recherche de la Terre perdue des origines, la notre, répondent aux souhaits de ses nombreux lecteurs de revenir vers un monde au goût d'inachevé et surtout permettent à Asimov de faire un fix-up à l'échelle de toute son œuvre.
Précisons un peu. Depuis les années 70, depuis Dune, le volume des ouvrages de SF a gonflé irrémédiablement et de nombreux auteurs ont repris leurs novellas se situant dans un même cadre narratif, reliés les fils épars et ont composé des œuvres uniques (je vous renvoie, pour plus de précisions, à l'excellent Passeport pour les étoiles, cité ici). Asimov va plus loin. Il ne compose pas simplement une suite et une fin à la série Fondation, il effectue un fix-up à l'échelle de toute son œuvre science-fictionnesque. En élaborant une histoire de la civilisation humaine qui permet de relier tous ses romans, de la naissance des robots et des intelligences artificielles (Le cycle des robots achevé par les 4 romans du cycle Elijah Bailey) en passant par le cycle de l'espace puis par le cycle de Fondation, Isaac Asimov crée une téléologie, une histoire secrète de l'avenir de l'homme. Il donne un sens, une orientation, une signification à l'histoire de l'humanité. Isaac Asimov crée une bible scientifique, au sens de texte annonciateur. Une vision du monde résolument athée, scientifique, et porteuse d'une conception de l'humanité. Parallèlement, il s'inscrit dans le mouvement de l'histoire secrète annonciatrice des Da Vinci code et consorts. L'histoire était tellement secrète qu'elle l'était aux yeux mêmes de son créateur. Et pourtant, tout cela était en germe dans l'invention de la psychohistoire, dès les années 40.
Une écriture limpide, une bonne idée, une matrice à histoires, que demander de plus ?

Alors comment lire, dans quel ordre, les romans du cycle ? L'ordre de l'histoire c'est :
- L'aube de Fondation
- Prélude à Fondation
- Fondation
- Fondation et empire
- Seconde Fondation
- Fondation foudroyée
- Terre et Fondation.

L'ordre de l'écriture par Asimov est le suivant :
- Fondation
- Fondation et empire
- Seconde Fondation
- Fondation foudroyée
- Terre et Fondation.
- L'aube de Fondation
- Prélude à Fondation.

Or les deux derniers écrits (ou premiers dans le cycle) sont clairement en dessous du niveau des autres ouvrages. Sentant le réchauffé, ils sont parfaitement dispensables car ils ne rendent pas justice aux textes antérieurs.
Pour finir, l'anecdote dit que Asimov est moins fameux ailleurs qu'en France car il souffrirait du syndrome Amicalement votre (le doublage est meilleur que la VO). La traduction historique aurait grandement amélioré la prose d'Asimov (par quelques coupes également) lui donnant un lustre (et une réception) que le texte original n'aurait probablement pas eu. D'où le problème cornélien du nouveau traducteur : comment être fidèle au texte original si on l'amoindrit par rapport à la traduction antérieure. Je ne sais pas si l'anecdote est vraie mais se non è vero è bene trovato.

L'ancienne traduction :


À qui l'offrir ?

- aux ados et aux adultes qui veulent commencer par de bons textes de SF. Le cycle de Fondation est, à mon avis, la troisième étape d'une initiation réussie à la SF après les mini-Soon, puis les ouvrages de Philippe Ebly.
- aux fans d'histoire secrète.

Pour prolonger la lecture :

Si vous avez aimé le cycle de Fondation, vous aimerez peut-être :
- toute la SF, car Asimov, c'est la bonne porte pour entrer en SF;
- les autres ouvrages du bon docteur : je recommande chaudement le cycle de quatre romans policiers centrés sur le personnage d'Elijah Bailey, Les cavernes d'aciers, Face aux feux du soleil, Les robots de l'aube et Les robots et l'Empire ;


- La fin de l'éternité, là encore un roman très accessible et complet sur le voyage dans le temps










- Pour le fans d'histoire secrète, deux ouvrages : Le pendule de Foucault d'Umberto Eco et Les falsificateurs d'Antoine Bello. Le premier est incontournable quoique ardu (ça va mieux après les 80 premières pages), le deuxième, plus léger, joue habilement sur notre envie d'histoire cachée...


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