Vos livres pour l'été ou les livres inlachables



Comme de nombreux autres blogs, Les lectures de Cyril se met en pause estivale pour cause d'événement privé qui va m'occuper un peu, et pour pouvoir lire un peu... plus !
Mais ne pensez pas que je vous plante là, comme ça, en rase campagne, je pense à vos vacances et vous propose une sélection spéciale "plage".
Non, non, pas des livres qui parlent des vacances ou de la plage, mais des livres qu'on a tellement envie de lire, qu'on les lit même sur la plage

Parce que, sérieusement, on est très mal pour lire sur la plage.

Entre le sable qui se met partout et flingue n'importe quel bouquin, le gras de la crème solaire qui traverse le papier recyclé, les enfants qui veulent que vous leur refassiez le Haut-Koenigsbourg au 1/1000e pour le concours du plus beau château de sable de la plage, l'impossibilité de trouver une bonne position qui le reste plus de cinq minutes (allongé : les bras sont lourds quand on porte le livre à bout de bras, accoudé : les omoplates font mal, sur le flanc : la nuque est cassée) les parties de tennis et une sieste crapuleuse et/ou roborative, le fait est que, objectivement, on est très mal installé pour lire quand on est sur la plage et, franchement, si vous continuez à lire sur la plage, hormis le fait que c'est pour être sûr que vous êtes vraiment en vacances (il n'y a qu'en vacances qu'on lit sur la plage : lire sur la plage est même un marqueur qui clignote au fond de notre petit cerveau pour nous dire "Je lis sur la plage donc je suis en vacances", on a les Discours de la méthode que l'on peut...), c'est que ce livre est vraiment très bon...


Donc un petit florilège de ces ouvrages qui ne sont pas forcément des chefs-d’œuvre, non, mais juste des livres qui vous feront oublier que vous avez une vie sociale et des nuits à récupérer, des enfants à vous occuper, des parties de pétanques à faire, bref des livres inlachables (n'oubliez pas le château de sable du petit, quand même...).




Les piliers de la terre, Ken Follett.

Une saga qui suit une famille de bâtisseurs de cathédrale, entre France et Angleterre au XIIIe siècle. Alors oui, Les piliers de la terre a tous les défauts des sagas à l'américaine : mièvrerie et sucrerie, happy end incontournable, romantisme made in USA, mais en même temps c'est très bien fait et, mine de rien, on apprend plein de choses sur le vitrail et l'architecture gothique tout en suivant les aventures de Tom le bâtisseur. Mais c'est vrai qu'il y a un petit côté Rémi sans famille dans la série de malheurs qui s'abattent sur les personnages, mais, je vous le dis, c'est inlachable, limite addictif...
PS : j'ai raté des stations de métro à cause de ce livre, et j'ai même ralenti la lecture lors de la dernière centaine de pages pour ne pas quitter ces personnages à qui il est impossible de ne pas s'attacher. C'est dire.


 
Les emmurés, Serge Brussolo

Serge Brussolo est un sujet qui fâche dans le petit monde de la SFFF. Jalousé détesté par les uns (ne pas lâcher son nom comme ça, sans prévenir, sur le forum d'actu SF, c'est dangereux...), inspirateur des autres, Serge Brussolo est d'abord un polygraphe frénétique. Sous son nom et sous pseudo (Kitty Doom, Daniel Morlock plus ceux que je ne connais pas), il a écrit plus d'une centaine d'ouvrages inégaux, certains extraordinaires, le plus souvent quasi inachevés : Brussolo a des visions géniales qu'il jette sur le papier en autant de romans et qu'il ne sait comment terminer alors qu'il a déjà l'idée du suivant. Au milieu de titres pas piqué des vers (Ambulance cannibale non identifiée, Attention danger, parking miné !, Le chien de minuit..., je vous conseille ce dernier si vous voulez continuer avec Brussolo), Les emmurés est un petit joyau, bien gore, angoissant, flippant même, qui vous rappellera votre plus intime peur du noir, celle que l'enfant que vous étiez a dû affronter et que l'adulte que vous êtes a cru pouvoir dompter.

Funeste méprise...

Le seul livre qui m'a fait me relever du lit pour vérifier que la porte était bien fermée, à 30 ans passés... Et une fin bien horrible, bien trouvée. Chapeau Serge !



 
À la croisée des mondes (trilogie), Philip Pullman.

La trilogie de Philip Pullman est une victime collatérale du succès de Harry Potter. Elle fut publiée en même temps que les premiers tomes de saga du petit magicien aux lunettes rondes. Ce n'est pas pourtant porter déshonneur à l’œuvre de J.K. Rowling que de penser que les aventures de Lyra ont plus d'ambitions littéraires, esthétiques voire même politiques.
Dans un monde parallèle au notre, les humains ont une partie de leur âme qui est extérieure à leur corps, matérialisé sous la forme d'un animal, un daemon, esprit conscient et distinct du leur et avec qui il est possible de parler. Or Lyra, qui est placée dans un internat so british, découvre que son ami Roger a disparu, probablement kidnappé par les enfourneurs, ces voleurs d'enfants qui les relâchent extrêmement mutilés, amputés de leur daemon...
C'est le début d'une longue quête où Lyra sera amenée à découvrir un objet fabuleux, l'aléthiomètre, à être au cœur d'une guerre aux enjeux intimes et cosmiques, à comprendre dans son cœur et dans son âme ce que c'est qu'est devenir adulte, à faire le deuil de ses parents rêvés, à s'éveiller à l'amour, à connaitre le prix de certains sacrifices. Dans une trilogie magistrale (sabordée à l'écran par une peste jouant le rôle de Lyra et une réalisation sans saveur dans le film "Les royaumes du nord", malheureusement sans suite...), Philip Pullman revisite le roman d'apprentissage, crée une œuvre d'une profonde originalité et mène une charge implacable contre l'esprit religieux, phénomène rare chez les auteurs anglo-saxons.
Cette trilogie fait partie de ces ouvrages, comme Sobibor, qui ont un destin éditorial surprenant, naviguant entre littérature de jeunesse et littérature adulte : édition folio junior, puis folio et l'intégrale ici présentée.



 
Replay, Ken Grimwood.

Celui là quand on l'ouvre on ne le lâche plus. Last but not least, Replay est un chef d’œuvre génial et méconnu, constamment réimprimé depuis 20 ans et porté par un bouche-à-oreille qui devrait servir de modèle à n'importe quel étudiant en marketing.

Jeff, journaliste de seconde zone d'une chaîne de télé locale aux USA, meurt dans les premières pages du roman. Il meurt à la première personne, il se voit mourir littéralement : il tombe sur son bureau, entend la voix de sa femme au bout du téléphone qu'il tenait et comprend alors que sa dernière heure est venue.
On est au milieu des années 80.
Et puis, sans solution de continuité, Jeff se retrouve dans sa chambre d'étudiant, dans son corps d'étudiant, 20 ans plus tôt. Est-il en train de devenir fou ? Voit-il sa vie au ralenti juste avant de mourir ? Il lui semble plutôt qu’il soit en train de revivre sa vie, tout en ayant conservé le souvenir de sa vie précédente. Comme une deuxième chance... Le moment de stupéfaction passé, il recommence en changeant ce qu'il estime avoir raté dans sa première vie. Et puis, lorsque 20 ans plus tard arrive la date fatidique, il meurt à nouveau au même moment, de la même manière. Et cela recommence encore, mais il retourne toujours dans sa première vie et va se rendre compte que sa deuxième vie n’est pas capitalisée, qu’il n’en garde rien, hormis les souvenirs qui disparaissent dans le néant...  Il va ainsi tout tester, tout essayer, jusqu'à, de guerre lasse, mener une vie (la combientième ? lui même ne le sait plus) d'ermite. Et là, un jour qu'il se rend en ville chercher de l'essence, il se rend compte qu'au cinéma passe un film qui n'existe pas, du moins qui n'a jamais existé, comme si quelque chose se passait, enfin... Comme une rupture dans le réel...


Replay est une lecture choc, le livre de tous les fantasmes : le livre des et si je pouvais recommencer ma vie, que ferais-je ? Or la puissance de l'écriture arrive à nous faire comprendre que ce fantasme s'apparente en fait à une damnation et que c'est la mort qui donne toute valeur à nos vies. Ken Grimwood réussit ainsi le tour de force de rendre la mort désirable, comme la condition absolument nécessaire à la vie. Grimwood transforme ainsi une figure de style, un topos littéraire en une réalité sensible qui renvoie le lecteur à sa conception de la vie, consciente ou inconsciente, il renvoie chacun de nous à la valeur de sa propre existence.
Mais Replay ce sont aussi des pages proprement bouleversantes sur la paternité. En effet, Jeff, n’avait pas eu d’enfant lorsqu’il décéda dans sa première vie. Il voit ainsi disparaître dans les limbes sa fille Gretchen lorsqu’il décède une nouvelle fois. Engloutie, comme si elle n’avait jamais existé. Et puis Replay, c’est aussi une fabuleuse histoire d’amour, par delà la mort, le temps et l’oubli, encore plus émouvante et romantique que celle de la Nuit des temps de Barjavel.
C'est beau, c'est fascinant, ça se dévore, et on se sent un tout petit plus fort face à l'engloutissement qui nous attend tous un jour.
Rien que pour ça, merci monsieur Grimwood.


Vous voilà parés pour l'été, bonnes lectures à tous !

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