Éloge du cul (et autres textes) - Alain Paucard




 
Bon, là on passe aux choses sérieuses.

Vous trouverez des vrais mots cochons dans les lignes à suivre.
Avis aux âmes sensibles, les pudeurs de certains peuvent ne pas être respectées, tenez-le vous pour dit.

Que ceux (ou celles) qui pensent que l'alignement des lettres b + i + t + e (un exemple totalement pris au hasard, vous en conviendrez) ne sont pas que de simples pixels sur l'écran, ni seulement des images et concepts recréés par votre esprit, mais que le sens du mot éclabousse de manière indélébile cet alignement de lettres. Eh bien ! qu'ils passent leur chemin s'ils risquent d'être choqués. Nul n'est forcé de lire, d'ailleurs. On y reviendra plus bas.

J'ai ressorti l'Éloge du cul de mes étagères pour participer à une lecture de textes érotiques dans la librairie que je fréquente. Je l'avais plus acheté pour la couverture et le titre, intrigants vous en conviendrez, qu'autre chose. Heureuse surprise !

Autant le précédent ouvrage érotique présenté ici n'était qu'un livre érotique en creux, pour ainsi dire, autant Alain Paucard s'attelle à la question du sexe et du plaisir avec joie, entrain, sérieux et une constance qui force l'admiration...
Éloge du cul n'est pas un manifeste sodomite, comme pourrait le laisser croire le titre, encore que la pratique trouve sa place dans ces pages, mais un recueil de textes courts où l'auteur expose pêle-mêle ses considérations et réflexions sur la plupart des pratiques qu'il affectionne (ou pas), fellation, sodomie, cunnilingus..., sur les relations entre les hommes et les femmes dans ces moments si particuliers où la frontière physique entre les individus tend à s'abolir.

Alain Paucard aime les femmes et le cul, la pratique en général et l'anatomique en particulier. Derrière un mauvais esprit assez réjouissant il propose une éthique de vie, jouisseuse, égoïste dans la satisfaction de son plaisir, respectueuse de celui de sa partenaire et à mille lieux des banalités et des conventions des traités de sexologie ou d'harmonie sexuelle.
Bien évidement, les textes sont inégaux, forcément inégaux, et le premier est loin d'être le meilleur. En revanche, Du plaisir mutuel, Éloge de la levrette, Les gros mots les grands remèdes pour ne citer que ceux-là sont des petits bijoux. Car Alain Paucard a le bon goût d'écrire brièvement, érotiquement même si point trop n'en faut. Mais ses textes sont avant tout des petits chefs-d’œuvres de construction stylistique avec un art consommé de la chute (de rein, bien sûr), de l'humour et un regard neuf sur la plupart de nos pratiques intimes.
Ce n'est pas la peine de le lire en se tripotant, bande de petits fripons. Ce n'est pas fait pour.
En revanche on y rit à plusieurs reprises et chacun pourra se dire en son for intérieur : "tiens, mais ce n'est pas faux, ça".
Toute la question réside dans le fait de savoir ce que "ça" recouvre...

Un vrai bonheur !

En ces temps troublés ou certains confondent les choses avec les mots qui les décrivent ou les dessins avec les individus et/ou idées qu'ils représentent (comme on dit la carte n'est pas le territoire), le fait de pouvoir lire de la littérature érotique est encore assez rassurant.
Pour autant, certains réclament l'Institution d'un délit de blasphème. C'est-à-dire qu'il faudrait soumettre écrits et paroles à une autorité morale auto-instituée et non plus à une autorité législative et judiciaire émanant d'un système démocratique appliquant la loi votée par le peuple, les autorités religieuses ayant rarement des modes de fonctionnement démocratiques. Si un tel délit venait à être reconnu, il est certain que la littérature érotique, celle qui prône la libération des mœurs et des consciences, celle qui permet à l'imaginaire érotique de chacun de se développer selon ses inclinations, sera la première victime d'institutions visant avant tout au contrôle des corps et des consciences.
Il s'avère que je n'ai pas lu les caricatures de Charlie Hebdo. Mais je n'en ai même pas besoin. C'est un journal que je n'aime pas car je le trouve souvent de mauvais goût et rarement drôle, ce qui est encore pire. Mais c'est justement parce qu'il est de mauvais goût que, par là même, il se donne chaque semaine pour mission de mesurer le périmètre de notre liberté d'expression. Cette pour cette raison que l'ai acheté. Et que je l’achèterai à chaque fois qu'il sera visé.
Ce journal est le géomètre-arpenteur de notre liberté d'expression.
Et il est particulièrement inquiétant que des kiosques à journaux commencent à céder à la peur et le retirent volontairement de leur devanture par crainte de représailles.

Ceux qui prônent l'adoption du délit de blasphème visent à terme à la mise en place d'un système théocratique dont le blasphème serait la pierre angulaire. Mais où s'arrête la notion de blasphème ? Bien malin qui pourra y répondre.
Et cela concerne toutes les religions.
Qu'ils se souviennent qu'il ne fait pas bon de ne PAS faire partie de la religion dominante dans une théocratie.
Qu'ils se souviennent que chaque religion est l'hérésie de la boutique d'en face.
Qu'ils se souviennent que c'est la laïcité démocratique, c'est-à-dire la séparation de l'église et de l'état, articulée à la liberté d'expression, qui garantit la pérennité et la survie des religions dans leur rapport les unes aux autres dans un même espace... Et bien sûr la tranquillité aux athées qui savent qu'il n'y a pas de paradis sur lequel parier une éventuelle récompense pour nos actions en fonction de règles surannées rédigées par des scribes retournés à la poussière depuis des siècles. D'ailleurs y-a-t-il besoin d'un quelconque arrière-monde pour vivre ici-bas comme un homme de son temps et dans son temps, et faire vivre son esprit dans toutes ses latitudes, selon nos personnalités et les circonstances de nos vies ?

Pourquoi ce développement ? Parce que le délit de blasphème c'est à terme m'interdire de lire ce que je veux, or je suis assez grand pour pouvoir choisir mes lectures, et mes journaux. Et que l'agitation anti CH, vise implicitement tous les espaces de libertés de penser, parler, débattre, mais aussi le droit de ne pas être d'accord et de vivre en sérénité dans les chemins de l'esprit que nous arpentons, tous droits acquis durant les décennies précédentes.

Ce blog veut en être l'humble expression.



 À qui l'offrir ?


- à ceux qui veulent s'initier à la littérature érotique ;
- à ceux qui pensent que la littérature érotique est triste et ennuyeuse ;
- pour ceux qui veulent rire aussi ;
- à votre voisin le censeur (il y a plein de synonymes à ce terme, chacun y mettra le sien) pour lui apprendre à vivre.


Pour prolonger la lecture :
Si vous avez aimé Éloge du cul (et autres textes), vous aimerez peut-être :


- Un siècle érotique. Anthologie de la littérature érotique du XXe siècle (en cours de lecture). Tous les textes essentiels, de Histoire d'O au Boucher d'Alina Reyes. Incontournable.



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